Eau et Forêt

“Une gestion intégrée cruciale pour faire face aux changements globaux en Méditerranée’’

Organisation : Plan Bleu, EFIMED

Rapporteur : M. Davide PettenellA Universidad de Padua

Modérateur : Mme Nelly Bourlion Plan Bleu

Contexte

La région méditerranéenne est très diversifiée tant en termes de couverture forestière que de ressources en eau. Après plusieurs millénaires de diminution de la couverture forestière, la rive Nord du bassin méditerranéen connaît depuis quelques décennies une recolonisation naturelle en raison de l’abandon des zones rurales et de l’urbanisation de la société. En revanche, les rives Sud et Est de la Méditerranée sont caractérisées par une forte pression anthropique sur les écosystèmes forestiers, conduisant à la surexploitation, au surpâturage et à la dégradation biologique. Une telle situation peut s’expliquer par une forte croissance de la population, un faible revenu par habitant et une population à prédominance rurale. En outre, la plupart des pays des rives Sud et Est de la Méditerranée sont en situation de « stress hydrique », avec moins de 1 000 m3/ habitant /an. Ces évolutions du paysage ont des conséquences importantes sur la disponibilité et la qualité des ressources en eau.

La région méditerranéenne est proche de 500 millions d’habitants. Les ressources en eau déjà vulnérables sont soumises à des pressions accrues. La dynamique de la bio économie pourrait également contribuer encore à augmenter la demande en eau, les produits bios pouvant avoir des empreintes écologiques en eau considérables. Malgré la dépendance grandissante sur les sources d’eau alternatives, les bassins versants forestiers fournissent une grande partie de l’eau destinée aux besoins domestiques, agricoles, industriels et écologiques. Nous pourrions peut-être nous retrouver bientôt dans une situation où il faudra prendre une décision en matière d’allocation des ressources en eau, entre l’eau verte consommée par les forêts et l’eau bleue, qui peut être réglementée, destinée à l’agriculture, à l’industrie et à la consommation humaine. L’Afrique du Sud et l’Australie se sont déjà lancées dans la réglementation à cet égard.

Par ailleurs, les forêts apportent une contribution significative à la qualité de l’eau. L’ombre procurée par la ripisylve aide à maintenir une eau plus fraîche et plus riche en oxygène. La minimisation de l’érosion du sol en forêt réduit le flux de sédiments dans les masses d’eau, tandis que les systèmes racinaires bien développés jouent un rôle de filtre pour les nutriments et certains polluants. Dans les forêts gérées, ces services écosystémiques sont dépendants d’une bonne gestion forestière. En effet, la récolte ou l’extraction du bois dans des conditions inadéquates, ou le franchissement de routes et de cours d’eau avec les tracteurs forestiers, peuvent modifier les concentrations et les flux de particules chimiques dissoutes dans les masses d’eau, et provoquer un apport accru de sédiments dans l’eau. En outre, il existe un risque de pollution par les hydrocarbures lors de travaux forestiers utilisant des tracteurs et d’autres machines.

Alors que les forêts sont bien connues pour jouer un rôle important dans la production de l’eau - en termes de qualité, de quantité et de saisonnalité - les politiques de l’eau et de la forêt restent plutôt déconnectées. De plus, les chaînes de valeur de l’eau et de la forêt sont presque totalement dissociées. Bien que les services écosystémiques forestiers liés à l’eau aient été évalués en termes monétaires de nombreuses fois, cela reste essentiellement un exercice académique. Seuls quelques efforts locaux pour mettre en œuvre les Paiements pour Services Ecosystémiques (PSE) tentent de créer une chaîne de valeur forêt-eau, en particulier les PES fournissant les moyens financiers nécessaires à une gestion forestière en faveur de l’eau.

“Les forêts apportent une contribution significative à la qualité de l’eau” 

Il convient alors d’avoir une meilleure compréhension, partagée, des interactions entre les forêts et l’eau, qu’il s’agisse de synergies ou de compromis, afin d’être en mesure de développer les arrangements institutionnels nécessaires. Cette compréhension commune peut être atteinte grâce au renforcement du dialogue intersectoriel entre les acteurs de l’eau et de la forêt, favorisé par une interface efficace entre la politique, la science et la pratique.

Il s’agit d’une question urgente, car les services écosystémiques liés à l’eau pourraient devenir encore plus pertinents dans les prochaines années, étant donné que le bassin méditerranéen est l’une des régions les plus vulnérables au changement climatique. Les effets du changement climatique (par exemple une modification des régimes de précipitations ou une augmentation de la température) vont perturber les relations entre les forêts et l’eau. Des réductions modérées des précipitations pourraient avoir des effets dramatiques sur les débits d’eau produits dans les bassins versants forestiers. Le changement climatique a également des effets indirects sur les ressources en eau, tels qu’une augmentation de l’étendue et de la gravité des feux de forêts et de la mortalité forestière, étant donné le risque accru d’érosion.

Objectifs

Sur la base de ces considérations, cette session est conçue comme un dialogue intersectoriel qui vise à développer une meilleure compréhension mutuelle de la pertinence des services écosystémiques liés à l’eau, en répondant aux questions suivantes :

  • Quelles sont les priorités en matière de gestion forestière en faveur de l’eau en Méditerranée? Quelles sont les nouvelles politiques mises en œuvre?
  • Comment définir un cadre réglementaire favorable afin d’améliorer le rôle et l’utilisation des forêts comme « infrastructures vertes » fournissant de l’eau potable de bonne qualité? Est-ce judicieux?
  • Les Paiements pour Services Ecosystémiques (PSE) liés à l’eau sont-ils une option pertinente ?
  • Quelles sont les possibilités d’adaptation en lien avec la gestion forestière, dans le contexte de l’eau et des écosystèmes aquatiques?
  • Comment renforcer un dialogue intersectoriel entre science et politique dans le domaine de la forêt et de l’eau?

Contacts

Mme Nelly Bourlion Plan Bleu nbourlion@planbleu.org

M. Inazio Martinez de Arano EFIMED inazio.martinez@efi.int

Mme Sophie Vallée EFIMED sophie.vallee@efi.int 

 

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